
La Chine Impériale, un pays aussi grand qu’un continent. Notre voyage fut un voyage épique du début à la fin, survolant en autre la Russie et la Mongolie. Un voyage au dessus des paysages toujours enneigés, des plaines et des chaînes de montages au nom que je ne puisse prononcer.

Arrivés à Beijing en début d’après midi, un hôtel, chaîne européenne qui étalait un luxe visible au premier regard, fut notre demeure pendant cinq jours.
Sans tarder nous avons fait le tour du quartier le plus proche. Notre première impression de Beijing fut la bonté et le sourire du peuple.
Le lendemain fut une journée à ne pas oublier. Le petit déjeuner, prit au 12eme étage dans une salle qui conciliait un luxe et une abondante nourriture, nous offrit aussi une vue de la ville impériale. Chaque matin nous avions le précieux devoir de regarder les chinois vaquer à leur besognes. Mes enfants étaient fascinés par le nombre de vélos; alors chaque matin, ils s’amusaient à les compter. Le vélo est partout, vieux, jeunes, tout le monde utilise ce moyen de transport.
Après notre petit déjeuner, une journée en excursion. Nous nous sommes dirigés vers Les tombeaux de Ming. Nous sommes passés devant la construction du village Olympique. Un contraste irréel avec l’architecture chinoise, mais un paysage d’une beauté rare. Notre journée qui avait commencé sous un soleil timide changea de manière drastique à l’approche des tombeaux. Cependant, notre visite fut remplie d’images qui resteront imprimées dans notre mémoire pour toujours. Les tombeaux de Ming se sont avérés être un endroit spirituel reflétant un calme et un silence qui transcendait le temps.
Notre visite était faite sous des chutes de neiges.
Treize des empereurs sont enterrés autour de la vallée. Alors que notre guide, un homme d’une quarantaine d’années, s’efforçait de nous expliquer l’histoire des Ming et Qing, ma fille lui prêta une oreille très attentive. Ceci a capté un peu mon attention, car ma fille de 15 ans n’est pas toujours intéressée par l’histoire. Elle se retourne vers moi en me disant qu’à travers les flocons de neiges elle voit défiler la vie des empereurs. Je la regarde fixement pensant qu’elle était fiévreuse, mais dans ses yeux je vois la réflexion de son imagination. Alors je deviens complice de cette inspiration divine. Elle voyait défiler les silhouettes des empereurs et des impératrices. Des images semblaient sortir d’un monde irréel et défilaient devant elle par le biais des visions profondes. Elles évoluaient dans sa conscience au fur et à mesure des descriptions faites par notre guide. Difficile d’expliquer, mais nous étions entourés d’une sérénité. Nous étions fascinés par la beauté divine de cet endroit enneigé.
Le tombeau de Yongle, le troisième empereur des Ming est situé au centre, avec le tombeau des autres empereurs disséminés en éventail sur la voie des Esprits, une allée bordée de statues de pierres, de dignitaires et d’animaux. En avant plan de ce paysage enneigé et dans une zone de silence ces imposantes statues semblaient former une garde d’honneur à notre égard.
Nous avions froids aux pieds mais dans notre cœur il y avait comme une chaleur brûlante nourrit par le désir de transcender l’espace-temps pour se retrouver en compagnie des empereurs.
Après un déjeuner bien mérité, notre destination: la grande muraille. Je me retrouve devant ce monument, une image qui a été gravée dès mon enfance.
Cette impressionnante muraille s’étend sur prés de 6400km d’est en ouest. Des milliers hommes ont perdu leur vie pendant la construction de ce mur. Toujours sous la neige le mur semblait offrir des vues à couper le souffre. Des milliers de marches qui se perdaient dans les nuages.

Il faut rajouter à cette image féerique la Cité Interdite. Située au centre de Beijing, la Cité Interdite est le palais impérial de Beijing. Elle est d’une majesté céleste et une envergure sans pareille. Elle fut construite par l’empereur Yonde. Comment a-t-on fait pour construire cela? ont demandé mes enfants toujours ébahis par l’architecture et la simplicité des monuments.
Nous avons fait de la Cité Interdite notre place favorite. Elle est pleine d’histoires, de couleurs et d’émotions.
Au sud de la Cité Interdite s’étend la place Tian’anemen, sous l’imposante statue de Moe Zedong et bien sûr, sous les yeux veillants de la Garde Impériale. Sur cette place enrichie de souvenirs et d’émotions, des étudiants étaient en quête de rencontres, cherchant à tout prix à approfondir leur connaissance de langue étrangère. Nous avons fait la connaissance de deux jeunes chinoises éprises des aventures et des voyages de mes enfants.
Nous avons aussi rencontré un jeune chinois étudiant en Anglais. Un peu septique je lui ai demandé de nous recommander un restaurant local.

A travers les petites ruelles labyrinthiques juste à coté de Tian’anemen Square, il nous a fait découvrir un petit restaurant où il prend ses repas. Ces petites ruelles pleine de vie, nous a-t-il explique vont être détruites pour faire place aux gratte-ciels. Ceci au nom du progrès, pour être aux normes pour les jeux Olympiques de 2008. Quel dommage de voir disparaître les traditions et l’architecture! Ces petites ruelles où le temps s’arrête semblent être une attraction à elles seules. Elles sont bordées de magasins traditionnels, restaurants locaux et de marchants ambulants.
Nous nous sommes arrêtés devant un restaurant qui à première vue semblait propre et décent. Un restaurant local bien remplit à cette heure de la journée. Je regarde un peu timide. Sous le regard amusé de l’étudiant il nous commande notre repas et avant même de le remercier il s’éclipse. Sans hésitation, nous avons apprécié notre repas car autour, on entendait parler l’anglais, le français, l’allemand. Ce qui m’a surtout étonné c’est la qualité du repas et le prix à la fin.
Paradoxalement, sur les trottoirs, nous avons rencontré des dizaines de familles mendiantes. Les enfants ont été surpris par ce fait. Ils ont pris en passion une femme mongolienne et sa fille âgée d’environ dix-huit mois. Une enfant d’une beauté parfaite. Tous les jours elles étaient là à mendier. Ma fille a décidé un jour de leur donner la moitié de notre budget du dîner. Une très bonne intention, je me suis dit, malheureusement nous les avons cherchées, mais elles n’étaient pas à leur place habituelle. La question qui suivit fut sincère et naïve de la part de ma fille. Pourquoi ne pas adopter l’enfant? Comment expliquer les difficultés de ce processus?
Un après midi de shopping au souk Market doit être au programme. C’est un marché couvert où tout doit être marchandé. C’est un affront de ne pas marchander, nous avait dit notre guide.
A Beijing nous avons décidé de marcher le plus possible. Il y avait des rues à explorer, des rues pleines d’histoires.
Nous avons pris le temps d’apprécier Beijing et son peuple.
Un soir sur le chemin du retour vers notre l’hôtel nous avons remarqué un homme qui mendiait. Un être humain qui était méconnaissable. Il semblait être brûlé à 90% de son corps. Mes enfants sont restés figés devant cet homme. Pris de compassion nous avons posé entre ses mains brûlées l’argent que nous avions gardé pour la femme et sa fille. Un geste humanitaire? pas du tout, un geste de compassion peut être. Pour moi nous avions une opportunité de partager notre richesse. Je ne suis pas riche. Mais en regardant mes enfants j’ai compris que je suis riche en esprit.
Je suis libre d’aimer, de voyager, de marcher, de voir, de rire, de pleurer. Cet homme, peut être pleurait-il? Souriait-il? Je ne sais pas, car ses larmes, son sourire nous étaient invisibles.
De notre séjour à Beijing nous gardons un souvenir incroyable.
Nous gardons le regard des chinois posé sur nous. Ils étaient fascinés par une femme à la couleur sapotille, un jeune garçon à la couleur de la méditerranée et une jeune fille dotée d’une beauté impériale.
Un mélange incompréhensible aux yeux d’un peuple impérial.
Marcelle Roujade
Photos : V. DeBruyne©