Publié par : Marcelle Roujade © | mars 5, 2008

Un instant dans la vie

Il y a les femmes battues physiquement, et à ces femmes-la je dis courage. Mais on a tendance à oublier qu’il y a aussi des femmes battues psychologiquement. Et c’est de ces femmes la que je voudrais parler.
Quand une femme est battue physiquement il y a les marques comme preuve de violence. Une femme battue mentalement et psychologiquement n’a aucune preuve. Elle n’a rien. Pourtant elle garde toujours le sourire. Car comment prouver que chaque mot lancé par le conjoint est comme un coup violent? Que chaque remarque malveillante, chaque phrase insidieuse, chaque son de silence infligé est un coup porté a l’âme et inculque une douleur qui, petit a petit, détruit la raison d’être. Les propos désagréables, les excuses lamentables, la solitude, l’indifférence deviennent en conséquence des compagnons de fortune ou quelque part d’infortune.
Si seulement on pouvait mesurer la profondeur de la blessure de l’âme. Cette blessure si vive qui se cache derrière ce précieux sourire.
Pourquoi? me suis-je demandé pendant des années. La réponse est simple: personne ne la croit. Elle s’entend souvent dire qu’elle exagère, qu’elle imagine des choses, et qu’elle a tout pour être heureuse, qu’elle ne sait pas apprécier ce qu’elle a. Qu’en faite cela arrive dans les couples et que ça ira mieux. Alors tout simplement elle arrête de parler.
Il y a que les cris silencieux et les flots de larmes asséchées qui attendrissent les douleurs intérieures. Mais tout de même, elle se cache pour pleurer. Elle pleure car c’est tout ce qui reste. Il ne reste que des larmes d’humiliation, de frustration et de désespoir. Elle pleure pour les enfants qu’elle n’a plus la force de protéger.
Elle pleure; l’appel au secours reste souvent sans suite et sans recours.
Puis un jour elle relève la tête comme par un miracle. Quelqu’un tend une oreille attentive. Alors elle décide de s’accrocher et là, elle reprend courage et force, en se disant d’abord d’une voix timide : je n’ai pas le droit d’être abusée. Et chaque matin devant le miroir elle se le répète jusqu’au jour ou elle arrive a crier à haute voix: je ne suis plus une femme abusée.


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