Publié par : Marcelle Roujade © | avril 4, 2008

L’amour en cage

Dans l’intimité d’une nuit lourde et humide tu m’as demandé me m’allonger contre ton corps enflammé de désir. Avec une expression tendre, j’ai accepté cette demande dangereuse. Cette demande délicate dégageait une sensation à la fois douce et cruelle, envoûtante et alarmante. Malgré moi, je me suis couchée sur toi, dans un grand lit profond et chaud de passion. Je sentais le rythme tumultueux du battement de ton cœur contre le mien.

D’un geste attentif et langoureux, du bord des lèvres j’ai couvert ton visage des baisers fougueux. Je me suis accrochée à tes lèvres qui me murmuraient tes secrets, tes pensées romanesques et véhémentes. Tu m’as fait frissonner en goûtant à mes seins galbés. Tes yeux félins ont reflétés mes désirs, des désirs de tendresses infinies, d’instants intimes, de bonheur sensuel.

Nous étions chez moi; confiante et vulnérable je me suis abandonnée à toi, dans cet amour fou, aux caresses au goût de miel. Confortablement blottie contre ton corps luisant, nous avons dormis comme tous les amants du monde, en sérénité au milieu d’un moment de tendresse.

Pourtant ce bien fugace a disparu le temps d’une sonnerie. Ton téléphone a sonné et comme hypnotisé par cet appel tu es parti. Te demander de rester était futile. Cloutée, tu m’as laissé sur le seuil de la porte, tu es parti sans un mot, sans te retourner, sans me dire adieu.
J’ai attendu, fébrile, que tu te retournes. Si tu l’avais fait tu aurais vu couler les perles de larmes brûlantes.

J’ai suivi du regard l’ombre de mon amant jusqu’à son engouffrement dans la noirceur de la nuit.

Je sais maintenant que je ne peux plus le retenir. Pour assoupir cette impression d’abandon et de mélancolie je me suis versé un verre de whisky coca et je suis retourné me coucher.

Quelques heures de bonheur dans ce grand lit où a coulé un fleuve de passion. Maintenant je suis seule. Ma seule réalité, une nuit noire. Le lest du silence était lourd et insupportable. Il s’étiolait lentement comme pour prolonger mes douleurs déjà si profondes. Longue est la nuit quand on ne peut pas retenir celui qu’on aime.

Quelle heure est-il, je me demande? Le sommeil me résiste. Je ferme les yeux et dans ce silence je cherche une faille pour dissimuler le mal qui me ronge. Je me console alors en réécoutant tes promesses, tes aveux entrecoupés de souffle de l’amour. Je cherche ton corps dans ce grand lit profond mais je ne retrouve que la fragrance de notre corps à corps entremêlé, de mes chimères et de mes effrois. Je me rappelle qu’il y a quelques instants, du bout des doigts tu effleurais mon corps frémissant de désir. Tu as fait naitre en moi une sensation envahissante et un plaisir illicite qui ne cessait de grandir.
Je me retrouve maintenant comme une damnée. Esseulée, je déplore ce moment de bonheur, ce moment de malheur. Au diable plaisirs éphémères.
Alors je caresse l’empreinte invisible que nos corps ont laissée et je me noie dans l’ivresse de la nuit silencieuse. Aussi difficile soit-il, je dois être forte. Une tranche de la nuit s’est évaporée, une tranche de ma vie s’est terminée. Je la ferme comme un livre. Pourtant il y a des pages qui se sont soulevées, comme entraînées par le rythme d’une mélodie craquante créée par le feu de notre passion. Aminée par un amour simple et sincère je la referme.
A l’embrun du matin, j’ai cru entendre le doux son de ta voix.. J’ouvris la porte en espérant voir ton sourire contagieux, mais sur le seuil de la porte, personne n’y était. Intriguée je regarde autour de moi en pensant que ma douleur me joue des tours.

C’est alors que je me rends compte que c’était en faite la brise matinale qui taquinait le manguier et les bananiers plantés autour de la maison. Les feuilles, sous la direction de la brise et en commun accord avec le chorus matinal, m’ont fredonnées un refrain mélodieux, un refrain entrecoupé de rires et d’anecdotes.

“Laisse-le partir,
C’est mieux comme cela.
Ferme les yeux, ouvre ton cœur.
Ecoute la chanson que t’offre la brise.
Hier n’y est plus, aujourd’hui est la, demain viendra.
Ton bonheur tu le trouveras.”

Ce refrain d’un air croustillant de caresses m’a fait sourire à la nature.

Le soleil révélait les lignes de l’horizon en étalant les prémices de mes lendemains. Alors doucement j’ai libéré mon cœur. J’ai glissé les mots que les ombres de la nuit et la brise matinale m’ont gentiment soufflés.

Marcelle Roujade


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  1. Ce texte est un régal! :)


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