
Pour la première fois en bien des années, je me retrouve seule chez moi. Quelle douceur de vie. Les enfants ont quitté le cocon familial le temps de longues vacances.
Je savoure chaque instant de ce moment de liberté en enfilant mon vieux pantalon troué et un vieux teeshirt bien trop large pour ma petite taille. Je vadrouille à travers la maison, un café dans une main, mon calepin et mon crayon dans l’autre. J’écoute les contes que me livre le silence croustillant de chaque pièce.
Comme charmée par une musique silence, les yeux des personnages sur les photos, rivés le long d’un couloir, me suivent jusqu’à la porte de la chambre de ma fille. Maitresse de ma maison, je tire cette porte blanche et l’envers révèle une mosaïque de photos traquant des moments tumultueux d’une jeune adolescente à la recherche d’une existence substantielle. Je souris. Je souris en scannant ce dont au fil des années, j’ai décrit comme étant que la « caverne d’Ali Baba ». Eclairée par l’intrusion d’une fine lumière, une armoire de fortune, semble succomber sous le charmes des sacs a main, des foulards , des ceintures et des bijoux d’occasion qui lui servent d’étreint.
Au pied de cette armoire, comme une troupe en attente d’inspection, repose une bonne vingtaine de paires de chaussures, des baskets, des chaussures à talons aiguilles, des sandales, rangés semble-t-il, par ordre de nouveauté.
Sagement je referme la porte, et doucement, une autre s’ouvre devant moi. Rien de mystérieux, autres que des posters d’avions qui tapissent les murs de la chambre du fiston. Sur le bureau d’étude, des maquettes d’avions, de bateaux méticuleusement assemblées pendant des années, qui se retrouvent aujourd’hui délaissées, comme des jouets cassés.
Soudain, comme dans les dessins animés, une fumée de parfum d’encens me parvient, je me dirige vers la salle de bain. Cette petite pièce fut mon palais. De longues heures, des moments où les aiguilles du réveil tournaient à contresens, le temps d’un bain de Cléopâtre, en imaginant que l’eau ne sortait pas du robinet mais des amphores de lait livrées pour mon plaisir.
Je rêve, je soupire au bruit à peine audible du réfrigérateur, mais je n’ose m’aventurer dans cette cuisine que pour me verser un verre de vin. Cette cuisine, un vrai théâtre, où se sont jouées des scènes romantiques, des têtes à têtes, est en faite ma pièce préférée. Dans ma mémoire résonne encore les éclats de rire, les pleurs, les diners entre amis, et la vie de tous les jours.
A la fin d’une longue journée d’été, une douce musique, je me retrouve dans le salon,
je souris à la nuit, je souris à la vie.
Marcelle Roujade