Publié par : Marcelle Roujade © | octobre 27, 2010

Mes trois hommes

J’avais trois hommes dans ma vie. Si différents étaient-ils qu’ils balançaient cette vie bridée de souffles lancinants. Dans la brisure du temps des blessures, des voix du passé se sont hissés dans mon présent.

Trois hommes si différents, l’un à la voix dorée a pénétré mon cœur solitaire. Une bouffée de souvenirs dans le vacarme d’une vie tumultueuse ; l’apaisement, il incarna. Dans le creuset de sa voix, il m’emporta vers un autre monde. Dans l’ivresse de l’amour, il créa une femme avide de vie. Il fut l’homme de mes instants de bonheur, apparu comme un mirage, disparu aussi vite qu’un éclair.
Je sais qu’attendre son retour serait me perdre dans l’impasse du temps et dans l’oubli d’une vie utopique. Pourtant, souvent, je traverse le miroir du temps, transformant l’irréel en virtuel car dans mon cœur résonne encore le chant de notre amour.
Erosion du temps, d’un espoir, toujours, fuguant dans le passé d’une aventure, je consulte les effleuves de notre histoire. Ses derniers mots n’étaient-ils pas une promesse ?

Trois hommes si différents, le sable d’or a conservé les empreintes de nos jeux d’enfants. Du soleil de midi au soleil de minuit, j’écoute et je revis à travers les lumières dorées les histoires que me racontait mon cher et tendre cousin. Jeune adolescent, devenu homme, il est apparu dans ma vie. De passage à Paris, les années sont devenues des jours, les jours des heures, et les heures des minutes et chaque minute capturée à travers l’optique de sa caméra.

Comme une pluie diluvienne, les pavés des Champs Elysées ont été lavés et rincés par nos histoires enfantines, par nos histoires d’amour, nos chagrins, nos éclats de rire. Nos vies, nous les avons vécues en parallèle. Main dans la main, comme des amoureux, sous les regards curieux de tous, nous avons déambulé. Ce jour là, le temps d’une journée, et nous étions encore une fois les amis que nous nous sommes jurés d’être pour le reste de notre vie.
Pourtant la réalité de la vie nous a encore séparés, fuyant dans le passé d’une amitié, je consulte les photos de ma mémoire et je lis une promesse.

Trois hommes si différents, âme en or, mes seins l’ont nourrit, mes bras l’on bercé. Sourire innocent, aveugle confiance, pluie d’ignorance infantile, mère fidèle je suis et je reste. Je m’épuise à vivre pour lui. Amour maternel, il est ma force, il est ma faiblesse. Il est le soleil fragile de ma vie.
A travers son sourire d’innocent je deviens cruelle, égoïste, protectrice. A la pensée de le perdre je deviens comme un ange déchu de ses ailes. Il habite mon rêve. Le rêve où la réalité est un lieu sans lieu, une réalité sans rêve, à ses yeux mon corps est une silhouette de perfection, mon cœur une offrande.
Je sais que lui aussi partira. Dans l’instant du présent, avec lui je vis une promesse.

MR


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